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Aube d’une conscience créatrice : la protomusique

par les Préhistoriques

Aube d’une conscience créatrice : la protomusique

Au temps de l’homme préhistorique, la paroi d’une roche située en milieu inhospitalier ne révélait pas facilement ses mystères, si mystère il y avait (des esprits étaient-il nichés dans les concrétions, ces lithophones naturels qui sonnaient lorsqu’ils étaient frappés ?).

Les recherches récentes en archéoacoustique démontrent que dans ces grottes ornées ─ creuset anthropologique de la perception sensorielle du monde ─ les endroits précis où l’on observe une image significative correspondent souvent à l’optimum acoustique du lieu (réverbération, résonance, écho).

Le son émis (sifflé, chanté ou à l’aide d’aérophones, comme ces «flûtes» datées de -40.000 ans) et renvoyé par la paroi, à la différence du simple rugissement d’une bête renvoyé pour sa part fortuitement par cette même paroi, semble avoir été utilisé par l’homme comme outil pour sonder la matière.

Imaginons maintenant que les préhistoriques prennent conscience qu’en émettant un son, celui-ci leur revient après impact avec la roche chargé inexplicablement d’informations d’ordre acoustique. L’utilité de ce son, initialement sans présupposition d’impact, leur apparaît : il décale et enrichit leur perception en la spatialisant. Par les propriétés acoustiques du lieu, les préhistoriques s’inscrivent dans un espace révélé par le temps du son et celui du retour son. Et la mémorisation de l’impact du son, puis de ce retour chargé d’informations acoustiques, en transformant leur ressenti spontané de leur environnement, les fait passer du statut de simples émetteurs à celui de découvreurs ─ inventeurs ? ─ de cette nécessité d’impact contre la matière.

Voyage dans la temporalité du son, aube d’une conscience créatrice. Éclosion d’une protomusique.

Le temps du son et le temps du retour son ont fait apparaître un avant et un après dans la conscience. Irréversiblement, par sa neuroplasticité le cerveau de l’homme s’en trouva remodelé.

Composer après 2020 : Amorce. EME, p. 29-31

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